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Chapitre 6 "Que fait Lo'Jo dans cette histoire?" Page 7/8

le groupe

Philippe Brix avait pris en main l’organisation de notre projet un peu fou d’un  festival dans le désert, et fin 99 on se retrouve à Kidal avec une équipe de 20 personnes dont les Lo’Jo et Justin Adams, et des gens tout terrains, qui maîtrisent la bricole et la survie technique dans n’importe quel milieu.
Le groupe YO, des techniciens-bricoleurs-décorateurs tout azimut, (nous avions auparavant fait les 3 kabars Lo'Jo avec eux) a acheminé des groupes électrogènes, du ciment pour les fondations de la scène, pour construire un four à pain, des sacs de farine…
On était en contact là-bas avec Dicko et quelques-uns de ses partenaires aguerris à ce genre de performances en plein désert à cette époque douloureuse de fin de rébellion des Touaregs… Une époque de tristesse, la fin d’une façon de nomadiser… il leur fallait regarder l’avenir en face, avec un passé dévasté, le cheptel détruit, les gens en exil, des familles désunies.
Puis il y avait une certaine méfiance envers nous, que l’on peut tout à fait comprendre, sans doute étions-nous les premiers blancs à venir faire autre chose que la guerre ou piller un peuple… le soumettre… sans doute étions-nous les premiers à venir établir un échange, un lieu interculturel, pour jouer de la musique, s’écouter les uns les autres, se connaître.

Le gouvernement français s’était désengagé de notre protection, et le gouvernement malien nous avait "fortement déconseillé" de nous y rendre…

V.V. :  À cause des tensions dues à la rébellion ?
D.P. : 3 touristes hollandais s’étaient fait égorger quelques jours plus tôt, il y avait aussi eu des prises d’otages.
On se retrouve donc une vingtaine, et une cinquantaine de festivaliers venus d’Europe… des amis, des connaissances, et sur place des nomades, venus de partout en camion, à pied, en chameau… c’était incroyable…
Là, le gouvernement malien s’est réveillé et a délégué des militaires et des envoyés… les dirigeants n’étaient jamais venu dans cette région autrement que pour y faire la guerre!
Les Touaregs représentaient encore pour eux un danger potentiel… on ne sait pas nous même ce qui c’est tramé, mais il y avait des tentes vouées à la discussion, une sorte de "rencontre au sommet" sur le désarmement….

Et le festival a eu lieu, tant bien que mal, la scène a été construite, tant bien que mal, et on a joué… il y avait des musiciens extraordinaires, des groupes locaux comme les Tinariwen, dont j’ai rencontré certains membres que je ne connaissait pas.
Justin Adams a joué seul, des compositions personnelles de son disque "desert road". L’année même de son voyage avec nous à Bamako, il avait enrichi son jeu de ce qu’il y avait entendu là-bas.

Lo'Jo - "De Timbuktu à Essakane" (Raconte le voyage pour le premier "Festival au désert" en 2003)  


V.V. : Et vous y êtes retournés l’année d’après ?
D.P. : Certains y sont aller pour l’organisation, mais nous n’y avons pas joué. C’était à Tessalit. On avait laissé une sono.
La 3ème année, le festival a été pris en main par un homme haut placé dans le gouvernement malien et qui avait plus de moyen pour un festival de grande envergure dans sa région, à Essakane, proximité de Tombouctou… un festival un peu différent donc… et là les medias du monde entier sont venus.
Il y avait de nouveau les Tinariwen mais aussi Ali Farka Touré, Oumou Sangaré… et Justin est venu avec Robert Plant.

V.V. : Ils n’étaient que tous les deux ?
D.P. : Il y avait un autre guitariste et ils ont pris Kham et Matthieu de Lo’Jo sur 2 titres… le reste ils l’ont joué à trois.

V.V. : Il y avait beaucoup de monde ?

D.P. : Oui, beaucoup de festivaliers, beaucoup de médias… dans un sens c’était une grande réussite, dans un autre sens, ça faisait un peu déploiement… abusif. Même s’il y avait une éthique, il y a toujours des gens moins concernés par l’éthique et les termes de l’échange.
L’année d’après nous n’y sommes pas retournés, car ça ne nous plaisait plus, c’était devenu trop grand. Un producteur allemand s’y est associé, et c’est devenu comme un festival européen, mais sans assez de moyens pour vraiment respecter les gens et l’environnement… le festival est parti dans une espèce de démesure… qui profite à certain et qui a profité à la culture Touareg… mais qui comporte beaucoup de dangers aussi. C’est toute l’ambiguïté du tourisme: nécessité pour les gens, mais aussi gage de destruction de leur patrimoine, du paysage… tout ça m’a marqué, et un peu dépassé, et j’ai préféré ne pas recommencé.
accordage de Kora


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