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Chapitre 4 "Justin Adams, le son d'Afrique..." Page 2/8

 

photo/peinture JustinLe style musical arabe et africain est peut-être actuellement à la mode, mais c'est une musique qui a hanté Adams pendant des années. Il a passé une partie de son enfance au Moyen-Orient, en Jordanie et en Egypte, où son père était ambassadeur britannique.
"Les deux choses dont je me souviens à propos de la musique Arabe quand j’étais enfant sont : écouter les joueurs de Barabouka, et l’appel à la prière; pour certain cela peut sembler un horrible son, pour moi c’est une belle mélodie.  Mes parents vivaient de façon traditionnelle anglaise donc je ne peux pas prétendre avoir été immergé dans les cultures locales, mais j’écoutais ces musiques et je les estimais… "

Il revient à Londres vers la fin des années 70, et l’émergence du Punk lui donne envie d’acheter une guitare :
"Par le mouvement Punk j’ai découvert les Clash, j’ai beaucoup écouté de Reggae et aussi plein d’autres formes de musique noire, c’est vraiment super la façon dont les Clash pouvaient vous rendre sensible à toutes ces musiques différentes …
Un jour en 81, je me baladais dans un magasin, je me rappelle clairement avoir entendu mon premier disque de Fela Kuti et ça m’a complètement retourné ! J’ai pensé : bien sûr c’est ça la musique que j’aime. Et il n’y avait qu’un pas à franchir pour réaliser que toutes ces musiques arabes avec lesquelles j’avais grandi étaient aussi "funky" de la même manière que la musique de Fela était "funky".

Le contact avec la musique arabe l’avait ouvert à toutes sortes d’influences.
"Je suis allé en vacances en Turquie, et quand j’ai entendu la musique turque, j’en ai instinctivement compris le rythme, j’ai acheté un saz et j’ai tout de suite su ce que je pouvais jouer avec, bien sûr pas comme un musicien turc, mais suffisamment pour commencer à en jouer dans n’importe quel groupe avec lesquels je jouais à l’époque."

Au début, ses influences arabes n'ont pas été très appréciées par les autres musiciens.
"Si je jouais n'importe quoi avec une note arabe, les autres plaisantaient, "nous sommes bons pour un kebab maintenant, n'est-ce pas ?" disaient-ils !"
Il a finalement rencontré un allié musical : Jah Wobble, qui a introduit Adams et ses influences dans son nouveau groupe, "Invaders of the Heart", très expérimental à l’époque. Sa rencontre avec Jah Wobble lui donne l’opportunité de jouer à sa façon arabisante et lui donne confiance .
Wobble dit de lui : "à l’époque, Adams était dur et aimait choquer, mais il était assez large d'esprit pour ne pas être concerné par mon passé". Justin a passé "huit bonnes années avec Wobble qui sont devenues un peu folles vers la fin".
Il a aussi travaillé avec Sinead O'Connor et Natacha Atlas, que Jah Wobble lui à fait rencontrer.

photo JustinIl a également travaillé comme guitariste de session pour plein de musiciens, dont Peter Gabriel; a joué avec Caroline Dale, violoncelliste de musique classique dans le projet Ghostland (un mélange de cordes, thèmes celtiques et de danse).
Il a été producteur pour le groupe français Lo’Jo, qui mélangent la chanson française et les influences arabes et africaines, ainsi que pour les Tinariwen, et cela se ressent dans son jeu de guitare…

A l'occasion du 1er "Festival au désert" (2001) Lo'Jo l'a emmené au Mali. ll raconte :
"Ce voyage était vraiment enthousiasmant pour moi, c’était si rafraîchissant et si communicatif, il n’y a pas de réelle séparation entre le public et les artistes, les gens jouent pour le plaisir et s’amusent en faisant des rythmes, je me disais : OUI c’est comme ça que je dois faire de la musique !! Pendant que j’étais là-bas, j’ai acheté un n’Goni : un luth à 4 cordes, quand je suis revenu chez moi, j’en ai joué et j’ai réalisé que c’était l’instrument que j’avais toujours cherché, le son sec du désert, le son arabe, mais aussi un peu comme un banjo, et cela m’a rappelé les vieux Blues acoustiques du Mississippi que j’ai tant aimé : John Hurt, Blind Willie Johnson."

Puis il décide finalement de s'attaquer à une carrière solo, mettant en œuvre les leçons qu’il avait appris en Afrique et au Moyen-Orient. "J’ai été frustré par la tendance que la musique "World" avait d’employer des boucles primitives de tambour en rajoutant un excédent de voix ethnique par-dessus. Vous devez commencer avec un rythme qui a le sens du ‘’swing’’."

Son premier album solo est "Desert Road", un mélange évocateur de blues Anglo-Arabe qui rappelle Ry Cooder ou Ali Farka Touré. La fabrication de cet album a couté 600£ !!
Il y joue tous les instruments sauf sur quelques titres pour lesquels il a fait appel à son ami Salah Dawson Miller :
"C’est vraiment Dawson qui m’a fait comprendre la musique Nord Africaine et la façon dont elle est reliée à l’Afrique profonde et comment elle fonctionne rythmiquement. Parce qu'une fois que vous comprenez ce rythme, ce swing, vous commencez à entendre John Lee Hooker ou Muddy Water façon Reggae, et vous les écouter différemment, c’est ce qu’ils ont voulu dire avec "It don't mean a thing, if it ain’t got no swing" (parole d’une chanson Jazzy/blues reprise par beaucoup de musiciens noirs).

photo justinParallèlement il a formé un groupe : "les Wayward Sheikhs" avec Seyi Akinde un batteur du Nigeria, Simon Edward à la basse et au sentir Gnawa, Andy Cox à la guitare et bien sûr Salah Dawson Miller aux percussions.
"C’est un petit groupe serré, je me demandais ce que ça faisait de mettre autant de musique personnelle dans les mains d’un groupe : c’est très excitant ! Mon rêve serait de faire plein de concerts et d’aller plus loin que le disque, car avec cette base musicale que nous avons, nous pouvons faire tellement, et j’aimerais tant que nous soyons le genre de groupe qui emporte presque au niveau de la transe."
 
La plupart des morceaux sur « Desert road » sont influencés par la musique d’Afrique du nord et du Moyen-Orient, et les Wayward Sheiks ont eu l’opportunité en Syrie :
"Le British Council nous y a amené pour une semaine, nous y avons rencontré cinq supers musiciens Syriens. Ils avaient écouté  "Desert road" et connaissaient quelques morceaux, nous-même avions travaillé un peu des morceaux de musique Syrienne, et nous avons fait deux concerts à Damas, et un à Alep. Nous étions le premier groupe à jouer de la guitare électrique à Alep !! C’était comme un rêve qui devient réalité, et nous avons prévu de les inviter en Angleterre."


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