Chapitre 6 "Entretien avec M.Issa Dicko" Page 8/9 Prochainement en PDF

 

V.V: Vous parliez du fait que les artistes maliens étaient très peu connus au Mali même... qu’ils sont plus connus à l’extérieur...
I.D : je dirais surtout, que par rapport aux Tinariwen… dans le Sahara, c’est une musique populaire que tout le monde connaît mais dans les autres parties du Mali, bien sûr, ils ne sont pas connus. Bon, Salif Kéita est connu dans le monde entier, et au Mali on l’aime , mais à un concert de Salif, ici, c’est principalement les toubabs qui viennent… un concert d’Ali Farka, c’était le plus souvent le Centre Culturel Français qui l’organisait… c’est très rarement un producteur Malien qui va le faire, même pour ces musiciens mondialement connus……c’est vrai que les Maliens n’ont pas forcément les moyen de se payer le ticket… mais tout de même, de façon générale ils se vendent mieux à l’extérieur que dans leur propre pays…

V.V : Donc on peut en quelque sorte, faire le parallèle avec les Bluesmen américains, qui ont été découverts par les Anglais…
I.D : Oui, par exemple Salif au Mali personne ne le considérait vraiment… il a fallu qu’il parte en France pour qu’on découvre son génie, il a fallut qu’ALI Farka soit découvert par une Anglaise pour qu’on découvre ce génie là… c’est pareil pour KarKar…. Comme les Bluesmen Américains, c’est vrai… comme on dit : « nul n’est prophète dans son pays »…

V.V : Et pour les Tinariwen, Justin Adams a joué ce rôle ?
I.D : Oui, sur le plan international… à travers la rencontre entre les Tinariwen, moi-même et les Lo’Jo… et le travail effectué par Philippe Brix et Justin Adams…


V.V : Quand j’entends Justin jouer de la guitare, c’est à la façon touareg ! il en a été très impressionné !
I.D : Oui ! Il a même produit leur premier album à Kidal… c’est le soliste de Robert Plant, et Robert Plant est fou des Tinariwen.
Tu vois au niveau de la région on est en train de monter d’autres projets avec Robert Plant, il y a la «Maison de la Culture Touareg» à Kidal, «l’Espace Tifinar», et le prochain festival d’Essouk.

V.V : Robert Plant a une association caritative pour creuser des puits, c’est au Mali ?
I.D : Au Niger, mais il est également intervenu dans la région de kidal…

V.V : Vous pensez que Robert Plant viendrait au festival d’Essouk ?
I.D : J’en serais très heureux, mais il faut qu’à travers ce festival on ressente l’âme des Touareg, organisé par des Touareg… comme l’était le premier à Kidal… pour t’en donner une bonne idée tu peux lire les petits bouquins de Philippe…


V.V : Encore une question, un peu hors sujet mais qui me semble importante : j’ai remarqué qu’au Mali l’Islam semble modéré
I.D : Oui mais… modéré, c’est vrai
Mais comme je t’ai dit… par exemple les « Haouka », ce sont des pratiques très anciennes de religion, mais ceci n’empêche pas au type qui fait la danse de possession d’aller à la prière de l’Islam, le petit soir… or l’Islam interdit d’associer Dieu et les idoles… mais ici on associe tout… c’est pour ça qu’on parle de modération… de plus le Mali est un pays laïque, et il n’y a pas de conflits entre les différentes religions, alors que dans d’autres pays même les musulmans entre eux ont des problèmes… pour le moment on a cette chance d’avoir gardé nos cultures ancestrales qui empêchent la radicalisation de l’Islam… maintenant jusqu’a quand ???
Aujourd’hui les Américains pensent que Ben Ladden est à Kidal, c’est un prétexte bien sur, pour venir s’implanter dans le Sahara… depuis deux ou trois ans ils sont partout, du sud de la Mauritanie jusqu’en Egypte, le sud de l’Algérie, le nord du Mali, du Tchad …

V.V : Militairement ?
I.D : Oui, des espions des radars, tout quoi… de façon visible et officielle…


© Véronique Valentino P8/9