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Chapitre 6 "Que fait Lo'Jo dans cette histoire?" Page 3/8

le groupe

V.V. : Tu avais déjà un groupe ?
D.P. : Non, j’avais acheté à un forain un petit orgue que j’ai toujours d’ailleurs, un orgue "Farfisa" du même type que celui que l’on voit sur l’une des pochette de Pink Floyd, et j’ai commencé à aligner quelques accords sur ce petit orgue. La 1er fois que je l’ai touché je n’ai pas cherché à reproduire quelque chose que j’aurais entendu, je n’en était pas capable, et je croyais n’avoir pas d’oreille, en tout cas pas d’oreille "conventionnelle". Je ne pouvais créer de la musique qu’a partir de moi même… et puis le musique me paraissait plus grande que ce qu’elle n’est en réalité, je ne pensais pas qu’elle se résumait à une gamme, les choses que j’entendais me paraissait un spectre immense, infini, et j’ai réalisé après que ce n’est en fait que la combinaison d’un nombre restreint de sons, en tout cas dans la musique courante ici, qui était pour moi la seule à cette époque, issue de la gamme "tempérée" de JS Bach…
Ma curiosité m’a mené donc du rock vers le progressif, la musique latino…
Puis j’ai découvert Miles Davis chez un ami qui avait "Get up with it" qui commence par une longue plage d’orgue que j’ai trouvé un peu ringarde peut être parce que ça m’évoquait une musique d’église et qu’il était de bon ton de ne pas aimer, comme l’accordéon ou la trompette, et qu’il y est a la fois de l’orgue et de la trompette je trouvais ça sacrement ringard! à un certain âge on est plus sensible à notre environnement, notre libre arbitre ne fonctionne pas tout a fait… mais quand même ça m’a surpris… et puis j’ai fini par m’y intéresser, grâce à cette pochette mystérieuse,l’humanité déchirante et l’anti-conformisme qu’il y a à l’intérieur du disque. Puis il y avait quand même une proximité avec le Rock à cause de la basse, de la batterie et des rythmes bien binaires pour du jazz, car à l’époque c’était cette phase de transition pour Miles… j’ai fini par l’aimer, non seulement l’aimé mais l’adorer… après j’ai refait l’histoire du jazz à partir de Miles Davis.

mur du salon V.V. : Et là tu avais un groupe ?
D.P. : Toujours pas. Je répétais quelques fois avec des copains de lycée dans une cave, mais j’étais presque le plus malhabile, tout le monde savait aligner des accords, jouer un Blues, pas moi !! je ne sais jamais ou est le break, je n’arrive pas a reconstituer les accords..je mets toujours une septième de travers car je recherche la disharmonie, je recherche une note qui sorte du champ et j’arrive pas à la placer… je trouve les accords trop serrés pour moi… les batteurs envahissants, ils tapent très fort et font trop de bruit! je cherche quelque chose que je ne trouve pas dans ce cadre là. Et puis cette musique était très simple quand je l’écoutais mais je n’arrivais pas à la faire. Ce n’est pas la mienne et je sens à ce moment là que j’ai ma propre musique à faire, j’en ai une vision sonore, une image, la sensation d’une bulle musicale, un magma sonore qui se déplacerait dans l’espace et que je vais être amené à sculpter toute ma vie, jusqu’à maintenant… à rendre plus docile, à mettre à ma mesure, à colorer.
A partir de ce moment là je rencontre une fille de ma classe, Cécile, qui joue du cor d’harmonie. C’est pas une rockeuse, elle ne se drogue pas comme mes copains elle n’écoute pas des musiques sauvages… et ça m’intrigue beaucoup !
Elle m’emmène au conservatoire et dans un petit placard vitré du hall, il y a de vieux instruments, dont un basson baroque. C’était beau ! Avec un bocal en cuivre, environ 3 mètres de tuyaux pliés et un beau bois de palissandre… "Je veux faire ça!" lui ai-je dit alors… j’ai fait du basson pendant 6 ou 7 ans jusqu’au prix de conservatoire…
J’ai découvert Bach, Haydn, Mozart. Puis dans le grand orchestre du conservatoire, j’ai joué Messian, Bartok. J’ai appris ce qu’est la musique sérielle et harmonique, ce qu’est une partition d’orchestre etc…

V.V. : Tu as fait 7 ans de conservatoire ?
D.P. : Oui mais j’ai arrêté 2 mois avant le prix parce que je commençais à faire autre chose. Et je traînais pas mal avec des amitiés suspectes, à être en effervescence par rapport à d’autres sujets politique, poétique…

V.V. : Quelle époque ?
D.P. : ça devait être dans les années 80. Je suis parti de chez mes parents quand j’avais 18 ans. J’ai pris une ferme à la campagne avec 3 autres garçons pour faire un groupe: le contrebassiste Richard Zenou, qui est devenu avec moi l’inventeur de Lo’Jo, Denis Halligon qui a continuer à faire du rock, et décédé quelques années après, et Bruno Bardon.. ça a été ma première "communauté musicale".
Moi je jouais du basson, un peu de clavier et ce petit orgue Farfisa. Disons que ça a été le début de Lo’Jo sans que ça ai un nom… je crois que c’est 1 an ou 2 après que j’ai donné un nom à ce groupe que j’imaginais.

V.V. : ça veut dire quoi Lo’Jo ?
D.P. : Je l’ai inventé, mais ce vocable, ce slogan, était très important pour moi, il a tout basé.
Donc je suis resté avec Richard Zenou et au conservatoire on a rencontré celui qui est toujours le violoniste de Lo’Jo: Richard Bourreau, qui était plus jeune que nous, mais le plus déluré de toute la classe, le plus prêt à improviser. On s’isolait quelques fois dans une salle dans laquelle il y avait un piano à queue. On commençait déjà à jouer la musique de Lo’Jo, imprégnée de ce que l’on avait appris dans cette école au frottement de la musique classique avec notre patrimoine de rock et notre esprit de jeunes révoltés. ça faisait pas mal de choses qui se mélangeaient, plus quelques notions de Jazz qui nous laissait croire que la musique est large et grande, et comportait encore bien plus de données que ce que l’on avait imaginé…
Voilà, j’ai donc réuni dans cette ferme des gens pour faire ma musique telle que je la ressentais, je voulais qu’elle ai de a flamme, quelque chose de rituel, et en même temps, de violent et provocateur. J’ai commencé à faire Lo’Jo avec des gens qui comme moi ne savaient pas tellement jouer, mais qui découvraient toutes les nuances de leur humanité, leur violence intérieure et le transmettait avec des formes sonores un petit peu aléatoires, déstructurées.

V.V. : Quand est-ce que tu t’es mis à écrire ?
D.P. : Je ne chantais pas à l’époque, ce n’était qu’ instrumental. J’avais commencé à écrire l’année ou je suis parti de chez mes parents. J’avais aimé certaines poésies à l’école.
Depuis le salon, la pièce de vie..

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